Le spectacle Casanova
Il n’y a rien de plus difficile que d’écrire sur un spectacle que tu a aimé dès la 15ème minute et rien de plus facile que de reconnaître qu’après une telle expérience tu n’est plus le même. Tous ça m’est arrivé hier, après la première de "Casanova", après la quelle la saison théâtrale peut tranquillement s’orienter vers sa fermeture et la fondation " Askeer" peut d’ores et déjà attribuer tous les prix à
Diana Dobreva et son équipe.
Oui, "Casanova" est une pique extraordinaire, pas parce que sur la scène du théâtre des "Rires et des Larmes" à Sofia, nous avons un Pitt bull et des actrices nus apparaissent, mais car ici le théâtre existe, il y a la rencontre entre les acteurs et le metteur en scène et par moment cela vous hypnotise.
Un regard unique, musique mystique, costumes que tu rêve de porter toi-même et un Vladimir Karamazov, dans le rôle de Casanova, qui avec sa vois cassé à la Barry White, transperce ton corps et de fais vibrer d’une façon plus que théâtrale. Et tout ça ce n’est qu’une petite partie de la sensation extraordinaire que "Casanova" porte en soit. Après ce que nous avons vu hier soir, tous les grands films qui racontent son histoire nous paraissent comme des histoires plates et mal cousu, dans lesquelles Djakomo n’est qu’un vicieux amant.
C’est exactement de cette idée que Diana Dobreva a voulu s’échapper et dans son spectacle nous devons reconnaitre qu’elle a réussi. Elle ne s’occupe pas tellement du vice, mais plus tôt de l’idée de l’amour qui mène vers l’immortalité, c’est pour cette raison aussi que son Amour est tout en or, presque immatériel et invisible et si désiré par Casanova.
Le décor est sobre, tous est fait dans des images, son et un léger érotisme, ou bien avec d’autres mots, c’est l’esthétisme déjà connu et très caractériel comme pour sa première mis en scène "Médée" et son deuxième spectacle "Macbeth". C’est propre, clair, pas de mouvements inutiles et une symbolique trop lourde pour le public – c’est du théâtre "pur", comme elle-même l’a défini pendant la conférence de presse avant la première, je dirais même, c’est un spectacle digne de la sélection officiel d’Avignon.
Vladimir Karamazov est un acteur qui va au delà de ces possibilités dans ce spectacle et avec la main sur le cœur nous devons reconnaître que ce rôle est une nouvelle étape dans sa carrière. La même chose nous pouvons dire à propos de Biliana Petrinska qui joue le rôle d’une veuve russe dans la folie et que ces 5 minutes sur scène la transforment complètement. Les autres actrices dans le spectacle ont aussi bien fait leur travail, les costumes de Marina Dodova et la musique de Petia Dimanova méritent de longs applaudissement comme hier.
Concernant Diana Dobreva, les mots sont faibles pour décrire son talent, en quelques années elle a établi son style dans la mis en scène de ces spectacles et leur valeur est a mon sens déjà historique. Le dernier "Casanova" a aussi une valeur sentimentale pour elle, car sa mère, Elisabeth, actrice aussi, a quitté ce monde peu avant le début des répétitions et le texte du monologue final de Casanova sont les derniers mots de sa mère, dites juste avant de mourir.
Avec cette confidence, le talentueux metteur en scène prouve que dans l’art il doit y avoir de la peine, pour qu’il soit réel. Regarder "Casanova" pour que vous puissiez ressentir et vivre cette expérience unique et pour voir du très bon théâtre.
Ecrit par Iana Doneva, Vsekiden.com (Jeudi 12 février 2009)